🏃‍♀️ Foulée après foulée : et si on parlait des fuites urinaires ?

L’incontinence urinaire d’effort concerne aussi les coureuses. Ce que révèle une étude menée auprès de 368 footballeuses d’élite — et ce qu’il faut retenir pour la pratique de la course à pied.


La course à pied est un sport composé de milliers d’impacts répétés. À chaque foulée, le plancher pelvien absorbe une onde de choc qui se répète tout au long de la séance.

Dans ce contexte, l’incontinence urinaire d’effort (IUE) — une perte involontaire d’urine lors d’un effort, d’une toux ou d’un éternuement — est bien plus fréquente qu’on ne l’imagine.

Pourtant, le sujet reste encore largement tabou chez les sportives.

Une étude récente menée chez 368 footballeuses d’élite apporte un éclairage particulièrement intéressant, avec des résultats directement transposables aux pratiquantes de la course à pied. fileciteturn2file0


📊 Une réalité largement sous-estimée

Premier constat : il existe un écart important entre ce que les sportives déclarent spontanément et la réalité de leurs symptômes.

19 %

des athlètes déclarent spontanément avoir des fuites urinaires lorsqu’on leur pose directement la question.

55 %

présentent pourtant des signes compatibles avec une incontinence urinaire d’effort lorsque les symptômes sont recherchés plus précisément.

💡 À retenir

Plus d’une sportive sur deux est concernée, mais seule une minorité ose en parler. Ce constat est probablement comparable chez de nombreuses coureuses.


🏃 Pourquoi la course favorise-t-elle les fuites urinaires ?

À chaque impact au sol, les forces de réaction se transmettent directement au plancher pelvien.

Au fil des kilomètres, ces contraintes répétées, associées à la fatigue musculaire, expliquent pourquoi la course à pied fait partie des activités sportives les plus fréquemment associées aux fuites urinaires d’effort. fileciteturn2file0


⚡ Quels gestes déclenchent le plus souvent les fuites ?

L’étude met en évidence plusieurs situations particulièrement associées aux épisodes de fuites urinaires.

41 %

Sauts et réceptions

27 %

Course

18 %

Exercices abdominaux

Même chez des footballeuses d’élite, la course représente à elle seule plus d’un quart des situations à l’origine de fuites urinaires.

Ce mécanisme est directement pertinent pour les coureuses, puisque les impacts répétés constituent le cœur même de la pratique.


🏃‍♀️ Les situations à risque chez la coureuse

1. Les descentes

Le freinage excentrique et l’augmentation des impacts à chaque appui peuvent accentuer les contraintes exercées sur le plancher pelvien.

2. Le fractionné et la vitesse

Les accélérations et les efforts intenses génèrent des forces d’impact élevées ainsi que des pics de pression abdominale.

3. La fin d’une sortie longue

Avec la fatigue, le soutien réflexe du plancher pelvien peut devenir moins efficace, ce qui augmente le risque d’apparition des symptômes.

4. Le renforcement et le gainage

Certains exercices abdominaux augmentent fortement la pression intra-abdominale et peuvent favoriser les fuites.


💧 Boire moins avant de courir : une fausse bonne idée

Pour limiter l’inconfort ou la peur d’une fuite pendant l’effort, certaines sportives modifient leur comportement.

Dans l’étude, environ 25 % des athlètes déclarent adapter leurs habitudes ou utiliser des protections.

Une stratégie plus préoccupante consiste à réduire volontairement son hydratation avant l’effort.

⚠️ Attention à la restriction hydrique

L’étude ne retrouve pas de lien entre le niveau d’hydratation et la survenue des fuites urinaires.

Boire moins avant de courir est donc une stratégie contre-productive, notamment lors des sorties longues ou par forte chaleur.

Une restriction hydrique peut notamment entraîner :

  • une baisse des performances ;
  • une augmentation de la fatigue ;
  • un risque accru de blessure ;
  • un risque plus important de trouble thermique.

L’objectif ne doit donc pas être de boire moins, mais de mieux comprendre l’origine des symptômes et d’agir sur les facteurs qui peuvent réellement être corrigés.


🗣️ Briser le silence pour mieux prévenir

Le principal obstacle reste le manque de dialogue autour de ce sujet. Beaucoup de sportives considèrent encore les fuites urinaires comme une conséquence « normale » de leur pratique sportive.

Pourtant, cette banalisation retarde souvent la prise en charge alors que des solutions efficaces existent.

8 %

des sportives ont abordé le sujet avec leur entraîneur ou leur kinésithérapeute.

20 %

seulement en ont parlé à un médecin.

💬 En parler est déjà une première étape

Les fuites urinaires d’effort ne doivent pas être considérées comme une fatalité. Un professionnel de santé pourra rechercher les facteurs favorisants et proposer une prise en charge adaptée.


✅ Trois pistes pour prévenir les fuites urinaires

① Renforcer le plancher pelvien

Des exercices spécifiques de contraction et de relâchement permettent d’améliorer le soutien musculaire et constituent la base de la prévention.

② Travailler en hypopressif

Les exercices hypopressifs cherchent à diminuer la pression intra-abdominale, contrairement à certains exercices abdominaux classiques qui peuvent l’augmenter.

③ Adapter sa technique et sa charge

Une progression adaptée, un travail de la cadence et quelques ajustements techniques peuvent contribuer à limiter les contraintes exercées sur le plancher pelvien.


🏃‍♀️ Courir sans tabou, courir plus longtemps

L’incontinence urinaire d’effort n’est pas une fatalité ni le prix à payer pour pratiquer la course à pied.

Au même titre que le renforcement musculaire, la récupération ou la préparation physique, la santé périnéale mérite de faire partie intégrante de l’entraînement.

🏁 Le message essentiel

Parler des fuites urinaires, consulter si besoin et mettre en place des exercices adaptés permet de courir plus confortablement, plus longtemps et avec davantage de sérénité.


📚 Source scientifique

Orhant E., Carling C., Maitre C., Muller A.-S., Van Niekerk A., Ferey F.-X., Chassard T., Dupuit M., Revault A. « Prevalence of stress urinary incontinence and associated factors in elite female football players: Better understanding for better prevention. » Journal of Science and Medicine in Sport, 2026 (368 joueuses d’élite).

Les données présentées proviennent d’une étude réalisée chez des footballeuses de haut niveau. Les mécanismes (impacts répétés, hyperpression abdominale et prévention) sont directement transposables à la pratique de la course à pied. fileciteturn2file0