Veille scientifique · Hanche Lecture : 6 min
Quand on parle de l’iliaque ou de l’ilio-capsularis, on pense spontanément à la flexion de hanche. Logique : ce sont des fléchisseurs profonds. Pourtant, observés pendant le squat profond et la marche, leur rôle apparaît bien plus complexe.
- Les fléchisseurs profonds sont actifs quand la hanche… s’étend.
- Leur rôle probable : stabiliser l’avant de la hanche.
- À la marche, la position du tronc change leur façon de travailler.
- En clinique : se demander pourquoi un muscle travaille, pas seulement lequel.
Et si les fléchisseurs profonds de hanche n’étaient pas seulement… des fléchisseurs ?
Dans un squat profond, la hanche atteint des amplitudes importantes. Les extenseurs doivent produire des forces considérables pour contrôler, puis remonter la position.
On s’attendrait donc à ce que les extenseurs de hanche soient les principaux acteurs.
Pourtant, les travaux de Lawrenson et al. (2020), associés aux enregistrements en électromyographie fine-wire de la thèse de Pete Lawrenson, montrent une activité des fléchisseurs profonds (iliaque et ilio-capsularis) lors de différentes tâches dynamiques, en particulier lorsque la hanche se rapproche de son extension maximale.
Pourquoi un fléchisseur est-il actif quand la hanche se déplace dans le sens opposé ?
La réponse est probablement à chercher au-delà de la simple relation muscle → mouvement.
02 · Anatomie fonctionnelleL’iliaque et l’ilio-capsularis : une fonction qui dépasse la flexion
L’ilio-capsularis est un muscle relativement méconnu. Il n’apparaît pas toujours dans les ouvrages classiques d’anatomie, malgré les travaux consacrés à sa structure, ses insertions et sa fonction.
Son intérêt devient évident lorsqu’on regarde sa relation avec la capsule antérieure de la hanche. Les fléchisseurs profonds pourraient ainsi participer à la stabilisation antérieure, en complément des structures passives.
Quand ?
Leur activité augmente à mesure que la hanche se rapproche de l’extension, avec un maximum au début de la phase oscillante.
Pourquoi ?
Cette activation précède le pic d’extension : elle est compatible avec un contrôle de la translation de la tête fémorale.
Autrement dit, ces muscles ne seraient pas seulement là pour produire de la flexion. Ils contribueraient aussi à contrôler l’articulation lorsque les contraintes augmentent en fin d’extension.
03 · Le principe cléL’activité d’un muscle ne s’interprète jamais sans la tâche
Un muscle actif ne produit pas forcément le mouvement auquel on l’associe habituellement. Il peut être actif pour :
- Produire
- Contrôler
- Stabiliser
- Limiter une translation
- Gérer le centre de masse
- Absorber les contraintes
L’activité des fléchisseurs profonds se comprend dans une logique de contrôle articulaire, et pas uniquement de production de flexion.
Et cette idée devient encore plus intéressante lorsqu’on regarde ce qui se passe pendant la marche.
04 · La marcheEt si la position du tronc modifiait le rôle de l’iliaque ?
Le tronc semble loin des fléchisseurs de hanche. Pourtant, sa position déplace le centre de masse, et donc les exigences mécaniques imposées à la hanche.
C’est ce qu’ont étudié Simonsen et al. (2012) : ils ont comparé plusieurs positions du tronc à la marche et mesuré leurs effets sur le moment de flexion de hanche et l’activité musculaire.
Tronc en arrière
L’activité de l’iliaque augmente pendant la phase d’appui, pour contrôler un centre de masse reculé.
Tronc en avant
L’activité de l’iliaque augmente surtout pendant la phase oscillante.
La stratégie musculaire change avec la position du tronc.
05 · En cliniqueLa position du tronc n’est pas qu’une question de posture
On pourrait simplement décrire :
« Le patient marche avec le tronc en avant. »
« Le patient marche avec le tronc en arrière. »
Mais cette description ne dit ni pourquoi, ni quelles conséquences mécaniques cette stratégie entraîne. Car la position du tronc modifie :
- la position du centre de masse ;
- les moments articulaires ;
- la demande musculaire ;
- la part respective des structures actives et passives.
Deux personnes peuvent donc réaliser la même tâche avec des stratégies musculaires différentes. Et modifier le tronc peut changer la contribution de l’iliaque sans toucher directement à la hanche.
06 · Les structures passivesUn élément souvent oublié
Simonsen et al. éclairent aussi la fin de la phase d’appui. Le moment de flexion de hanche observé à cet instant ne s’explique pas seulement par une forte activité des fléchisseurs : les structures passives, notamment les ligaments qui freinent l’extension, y contribuent largement.
La hanche ne fonctionne jamais avec les muscles seuls, mais avec un ensemble :
- Muscles
- +
- Capsule
- +
- Ligaments
- +
- Géométrie articulaire
- +
- Gravité
- +
- Inertie
- +
- Tâche
La contribution de chacun varie selon la position adoptée et la phase du mouvement.
Deux articles, une même idée
Le squat et la marche sont deux tâches très différentes. Les deux études convergent pourtant : on ne peut pas dire « l’iliaque est un fléchisseur, donc s’il travaille, il produit de la flexion ». Son activité dépend du contexte mécanique.
Dans le squat
Contrôle de la stabilité antérieure et de la translation de la tête fémorale.
À la marche
Activité modulée par la position du tronc, donc par la stratégie de contrôle du centre de masse et de progression du membre inférieur.
Dans les deux cas, le rôle du muscle dépasse largement son action anatomique simplifiée.
08 · Analyse du mouvementAu-delà du « défaut » : comprendre la stratégie
En clinique, on cherche souvent à repérer un défaut : chute controlatérale du bassin, inclinaison du tronc, rotation du bassin, limitation de mobilité, faiblesse musculaire…
Mais observer un mouvement, ce n’est pas seulement identifier ce qui paraît différent. C’est se poser quatre questions :
Quelle demande la tâche impose-t-elle ?
Quelle stratégie la personne utilise-t-elle pour y répondre ?
Quelles structures contribuent à cette stratégie ?
Quelles conséquences sur les contraintes articulaires et musculaires ?
C’est essentiel face à une hanche douloureuse : un même mouvement peut être parfaitement adapté chez une personne et problématique chez une autre, selon ses capacités, ses symptômes, sa charge d’entraînement et le contexte.
09 · Pour conclureLa bonne question n’est peut-être pas « quel muscle travaille ? »
« Pourquoi ce muscle travaille-t-il, à ce moment précis, dans cette tâche ? »
Cette nuance oblige à dépasser la lecture anatomique muscle → action → mouvement. Un muscle peut produire un mouvement, mais aussi le contrôler, stabiliser, limiter une translation ou gérer une contrainte. Et son activité peut changer simplement parce qu’on a modifié la position du tronc, du bassin ou du centre de masse.
C’est tout l’intérêt de l’analyse du mouvement : ne pas seulement regarder ce qui bouge, mais comprendre pourquoi cela bouge ainsi.
La prochaine fois que vous observez un squat profond, pensez aux fléchisseurs profonds de hanche. Et lorsque vous analysez une marche, ne regardez pas uniquement le bassin et le plan frontal : regardez aussi le tronc.
Parce que parfois, comprendre la hanche commence… un peu plus haut.
Les points essentiels
- L’iliaque et l’ilio-capsularis sont actifs lorsque la hanche se rapproche de l’extension.
- Leur activation, qui précède le pic d’extension, suggère un rôle de stabilisation antérieure de la hanche.
- L’activité d’un muscle s’interprète toujours en fonction de la tâche.
- À la marche, la position du tronc modifie le moment et l’intensité de l’activité de l’iliaque.
- En fin d’appui, les structures passives contribuent largement au moment de flexion de hanche.
- En clinique : se demander pourquoi un muscle travaille, à ce moment, dans cette tâche.
- Lawrenson PR, Vicenzino BT, Hodges PW, Crossley KM, Heerey JJ, Semciw AI. Pericapsular hip muscle activity in people with and without femoroacetabular impingement: a comparison in dynamic tasks. Phys Ther Sport. 2020;45:135–144.
- Simonsen EB, Cappelen KL, Skorini RI, Larsen PK, Alkjær T, Dyhre-Poulsen P. Explanations pertaining to the hip joint flexor moment during the stance phase of human walking. J Appl Biomech. 2012;28(5):542–550. doi:10.1123/jab.28.5.542.

